« Nous ne disposons pas des moyens humains nécessaires » (proviseur d’un lycée francilien)
Bénédicte Agoudétsé, Le Parisien du 29 août 2006
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PLUSIEURS dizaines de milliers d'euros dorment dans les caisses alors qu'ils devraient aider les lycéens franciliens les plus modestes à payer leur cantine. Il s'agit des fonds de l'aide régionale à la demi-pension (ARDP) ! Un véritable paradoxe qu'a décidé de dénoncer la vice-présidente PS du Conseil régional d'Ile-de-France chargée des lycées et de l'Education, Elisabeth Gourévitch. Elle estime que des milliers de jeunes pourraient, grâce à ce coup de pouce d'environ 80 à 150 € annuels par famille aidée, économiser jusqu'à un trimestre de factures de cantine.
Et bénéficier toute l'année d'un vrai repas équilibré. Comme ces 25 000 élèves des 653 lycées publics et privés sous contrat de la région parisienne, en 2003-2004 et 2004-2005. Mais, sur les 6 millions d'euros débloqués pour 2005-2006, les crédits n'ont été utilisés que dans 270 établissements. « De trop nombreuses familles d'élèves ignorent qu'elles ont droit à l'aide régionale à la demi-pension (ARDP) et n'en font pas la demande à l'administration de leur lycée. Avant 2004, elle était uniquement réservée et attribuée automatiquement aux lycéens boursiers. Chaque établissement public et privé sous contrat percevait une dotation globale calculée d'après le total des parts de bourses allouées aux élèves et s'occupait de la redistribuer aux familles concernées. Mais en 2004, nous avons décidé, afin d'en faire profiter un nombre plus important d'élèves, de modifier le mode d'attribution de l'ARDP, en la calculant d'après le quotient familial. Ce qui permettait à d'autres lycéens issus de foyers modestes, mais non titulaires de bourses, de profiter eux aussi de la demi-pension à un tarif plus raisonnable. En 2005-2006, plus de 10 000 lycéens supplémentaires ont ainsi pu percevoir cette aide. Et la marge de progression est importante. »
Une nouvelle base de calcul Le hic, c'est que ce nouveau système n'est pas du goût de tous les établissements publics et privés, dont beaucoup jugent « difficile techniquement à appliquer sur le terrain » cette nouvelle règle édictée par la région (lire encadré) . Au cours de l'année scolaire 2004-2005, seuls 40 % d'entre eux acceptaient d'adopter le principe du quotient familial. Parmi les réfractaires, peu se chargent donc de faire la publicité de l'ARDP auprès de ses bénéficiaires potentiels. Résultat : d'importantes sommes non distribuées restent bloquées sur des comptes dédiés. « Il suffit pourtant d'effectuer une simple règle de trois pour calculer les aides, alors que certains lycées nous réclament des logiciels spéciaux, tonne Elisabeth Gourévitch. Mais, évidemment, nous ne pouvons pas les contraindre à suivre cette voie ! » Seule solution : la région ne reconduit pas ses subventions là où de trop importants reliquats restent en caisse. Et incite, depuis plus d'un an, ses élus siégeant au sein des conseils d'administration des lycées à militer auprès des chefs d'établissement pour l'adoption du quotient familial et l'information systématique des familles. Avec plus ou moins de succès : « Depuis mon intervention, par exemple, le lycée Blaise-Pascal de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) a décidé de passer au système du quotient familial, témoigne Daniel Guérin, conseiller régional MRC. Mais, dans d'autres cas, malgré une bonne volonté évidente, de réelles difficultés matérielles, comme le manque de personnel pour suivre les dossiers, empêchent sa mise en place. »
« Nous ne disposons pas des moyens humains nécessaires » (proviseur d’un lycée francilien) DES ENVELOPPES de 2 000, 10 000 ou 50 000 € à distribuer aux élèves de milieux modestes qui restent non utilisées. En 2005-2006 , sur les 653 lycées publics et privés sous contrat d'Ile-de-France, 383 n'avait pas versé, partiellement ou pas du tout, aux familles, les crédits du conseil régional dédiés à l'aide régionale à la demi-pension. « Toute l'Ile-de-France est concernée, tous secteurs confondus, et même dans les plus sensibles ou socialement défavorisés, comme à Sarcelles ou Goussainville (Val-d'Oise) », dénonce le conseiller régional MRC Rachid Adda, administrateur dans plusieurs établissements.
Près de la moitié des lycées peinent ou rechignent à mettre en place le nouveau mode d'attribution basé sur le quotient familial. Selon l'explication la plus courante, « matériellement, explique Patrick Maubert, le proviseur du lycée Thibaut-de-Champagne, à Provins (Seine-et-Marne), nous ne disposons pas des moyens humains nécessaires à recenser les lycéens qui pourraient bénéficier de l'ARDP, puis de traiter chaque dossier. Cela nécessite un important surcroît de travail impossible à fournir. Si, dans notre établissement de 1 000 élèves, le poste d'assistante sociale était pourvu, celle-ci pourrait alors suivre ce dossier et repérer les besoins. » Même au lycée Kestler de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), considéré par la région comme l'un des 270 « bons élèves » appliquant le système du quotient familial et distribuant tous les crédits ARDP, on reconnaît que la gestion de cette aide « nécessite un gros effort du personnel administratif et éducatif », selon son proviseur, Michel Meyer. « Nous repérons chaque année cinq ou six nouveaux cas de lycéens qui ne s'alimentent pas correctement, faute de ressources suffisantes, ajoute ce dernier. Au point que nous demandons en cours d'année une rallonge à la région, qui nous l'accorde. » Ce complément est d'ailleurs versé à de nombreux autres lycées ayant entièrement utilisé leur crédit, précise le conseil régional.
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