DISCRIMINATION, laïcité, emploi, accès à Roissy, défense des services publics... Autant de sujets brûlants, promesses de débats virulents à prévoir dès la rentrée dans le paysage politique de l'est du Val-d'Oise. A l'heure où la plupart des élus locaux profitent de la trêve estivale, certains, infatigables, travaillent d'arrache-pied en vue des prochaines échéances électorales de 2008.
C'est le cas du conseiller régional, secrétaire national et patron départemental du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Rachid Adda, 39 ans. Depuis plusieurs mois, cet « élu de la République » comme il se définit lui-même (lire encadré), véritable empêcheur de tourner en rond du maire PS de Sarcelles, François Pupponi, n'a jamais caché les ambitions du parti chevènementiste de peser davantage sur le destin de la commune de Sarcelles mais aussi celui de la circonscription de Sarcelles-Garges (la huitième du Val-d'Oise). « Si les militants MRC me donnent leur investiture à l'automne, je serai candidat à la fois aux élections municipales et législatives, annonce-t-il. Car je veux, sur ce terrain où je suis né et que je connais mieux que personne, que soit pratiquée une politique de gauche à la fois républicaine et antilibérale, mais aussi battre la droite la plus réactionnaire du Val-d'Oise là où elle est implantée. »
Communautarisme. « Sarcelles souffre d'une fracture ethnique et sociale que l'action politique aurait pu éviter », diagnostique le conseiller régional, qui fustige « les replis identitaires, dont l'un des exemples est le créneau horaire spécifique attribué pour l'utilisation de la piscine à une association confessionnelle. Mais aussi les orientations actuellement prises en matière de rénovation urbaine. C'est notamment vrai dans le nouveau quartier de la sous-préfecture, dédié à l'habitat résidentiel. Il aurait au contraire fallu rééquilibrer la répartition des logements sociaux en en construisant dans ce quartier, tout comme, d'ailleurs, au Village. »
Chauffage de Sarcelles. « Récemment, rappelle Rachid Adda, la gestion du chauffage urbain a été cédée à Dalkia-Vivendi, une multinationale dont la logique est soumise à ses actionnaires et leur logique de rentabilité. Pour les Sarcellois, ce n'est pas une bonne chose, car rien ne pourra leur garantir la stabilité des prix du chauffage. Je suis partisan d'une gestion par un syndicat dédié, composé des bailleurs, propriétaires, associations, élus... »
Gestion et patrimoine. « Cession de terrains communaux, préemption ou non-préemption aléatoire de propriétés... La politique foncière menée à Sarcelles par l'actuelle municipalité m'inquiète, martèle l'élu MRC. La réserve foncière de la ville ne cesse de s'amenuiser : où va-t-on construire demain les équipements nécessaires à la population ? »
Roissy, transport et emploi. « Les habitants des communes proches de Roissy n'ont pas d'accès direct à la plate-forme par les transports en commun, dénonce Rachid Adda. Une véritable offre doit leur être proposée dans le cadre de la défense du service public. Mieux, ils devraient bénéficier avec leur carte orange de la future navette Charles-de-Gaulle-Express, réservée dans les faits aux touristes ou aux décideurs, à raison d'une quinzaine d'euros par trajet ! Par ailleurs, les Val-d'Oisiens sont sous-représentés parmi les salariés de la plate-forme. Et lorsqu'ils y décrochent un poste, beaucoup ont bien du mal à obtenir leur badge d'accès, victimes d'une véritable discrimination. »
«JE NE SUIS pas encore parti en vacances parce que j'attendais la date limite de dépôt des dossiers de régularisation des sans-papiers, car je parraine une famille de réfugiés. » Tout Rachid Adda est là : rarement le conseiller régional MRC de 39 ans au profil atypique (ingénieur centralien issu d'une famille algérienne de Sarcelles) s'autorise à lâcher prise, à « débrancher », à cesser d'arpenter, entre deux séances à la région, le Grand Ensemble, terrain qui l'a vu naître, grandir et se construire. « Désigné par le peuple, je veux être la relation de ceux qui n'en ont pas, car je trouve que nos quartiers méritent des élus présents, et non des politiques surtout préoccupés par leur destin national », martèle celui que l'on surnomme le poil à gratter de la gauche de l'Est val-d'oisien, connu pour son franc-parler.
« Un profond dégoût pour l'injustice, et la puanteur du mensonge en politique »
« Avant de m'investir dans la chose publique, je me suis impliqué dans le milieu associatif, rappelle-t-il. Mais c'est mon profond dégoût pour l'injustice, le cynisme et la puanteur du mensonge en politique qui m'a poussé à m'engager. Grâce à mon parcours personnel et sans piston aucun, j'ai vu la difficulté pour un fils d'ouvrier immigré venu vivre à Sarcelles en 1959 de réussir et d'être reconnu à sa juste valeur. Je veux renvoyer aux plus jeunes l'ascenseur républicain que j'ai eu la chance de prendre et qui reste aujourd'hui bloqué par quelqu'un qui appuie sur le bouton et l'empêche de monter. »

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