Deux recours devant le tribunal administratif sont déposés pour faire capoter le projet
Après plusieurs années d’hésitations, de projets avortés ou refusés, la municipalité de Belfort a obtenu fin juillet le permis de construire une grande mosquée de 1500m² située aux portes du site classé de la Citadelle de Vauban, à l’emplacement d’un ancien bâtiment dévolu au culte depuis une cinquantaine d’années et baptisé « La Lunette 18 ».
Depuis ses origines, le projet de la municipalité dirigée par l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement suscite la polémique et suscite l’opposition de tous ceux qui estiment que la construction de cette mosquée sur le site de la « Lunette 18 » nuira au classement de la cité du Lion au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO, classement qui a été officiellement demandé au titre des fortifications édifiées par Vauban. Deux recours ont donc été déposés devant le tribunal administratif de Besançon pour obtenir l’annulation du permis de construire, l’un par un conseiller municipal divers droite d’opposition, l’autre par le candidat à la candidature socialiste pour les prochaines municipales : les deux remettent en cause le dessaisissement de l’architecte des bâtiments de France en charge du projet et qui lui était opposé ainsi que la procédure qui a permis d’obtenir le permis de construire du Ministère de la Culture.
En béton rose
La future mosquée de Belfort, qui sera construite en béton teinté de rose, doit être construite à l’emplacement d’un ancien foyer et d’une salle de culte attenante qui seront au préalable rasés. D’une surface de 1539 m², elle est destinée à accueillir, dans une salle de 566m², 1496 personnes à l’occasion de la prière. Outre cette salle, elle abritera deux salles de classe d’une superficie de 101 m², un bureau pour l’imam, une salle de réunion, une salle de thé, une cour intérieure cernée d’un péristyle, une salle d’ablutions au sous-sol ainsi qu’une mezzanine réservée aux femmes qui disposeront d’une salle de prière de 181 m². Le toit de l’ensemble sera composé de petites pyramides sans hauteur excessive, et le coût prévisionnel de la construction est de deux millions d’euros. Pour Jean-Pierre Chevènement, « cela fait dix ans que les Musulmans souhaitent disposer d’un lieu cultuel digne et décent. La Lunette 18 étant dévolue au culte depuis une cinquantaine d’années, nous avons voulu respecter cette tradition et maintenir un édifice de centre-ville, à l’instar de la cathédrale, du temple et de la synagogue »
Trop proche de la Citadelle
Située aux portes du site classé de la Citadelle, la future mosquée portera atteinte au site historique comme le pensait l’architecte des bâtiments de France qui a été dessaisi et avait sollicité une prolongation de l’instruction d’un mois pour pouvoir le démontrer. Ce dernier souhaitait, en outre, le classement de la « Lunette 18 » ce qui aurait permis le lancement de fouilles archéologiques. Ce sont là les arguments dont font état les opposants au projet qui ont créé des associations de protection du site et mettent en cause, dans les recours qu’ils ont déposés devant le tribunal administratif, la procédure qui a abouti au feu vert de la direction nationale du patrimoine du Ministère de la Culture. Selon Christophe Grudler, conseiller municipal divers droite d’opposition qui sera candidat aux prochaines municipales, « Jean-Pierre Chevènement a fait pression auprès du ministère » pour obtenir ce feu vert. Pour Bruno Kern, candidat à la candidature socialiste pour ces mêmes municipales, « il y a deux poids, deux mesures dans l’appréciation de la règle. On a voulu imposer un projet par rapport à un autre. » Lui défend, en effet, un autre projet qui avait obtenu tous les avis préalables de la direction régionale des affaires culturelles, de la communauté d’agglomération, de la commission départementale de sécurité, de la commission municipale d’accessibilité ainsi que d’EDF, un projet plus périphérique dit « du Mont » et qui avait l’avantage « de comporter plus de places de parkings, largement au-delà de la norme, que celui de la lunette 18 ».
En attendant les décisions du tribunal administratif, JPC pour Jean-Pierre Chevènement, comme on l’appelle volontiers à Belfort, rétorque : « Les règles de l’Etat ont été respectées et je déplore la politisation de cette affaire. Compte tenu des polémiques entourant le projet, j’ai préféré que la décision soit prise par la direction nationale du patrimoine. Il n’y a pas eu d’avis notifié, mais une décision positive transmise au préfet quia accordé le permis de construire ».
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