Nomination d’une Préfète « issue de la diversité » dans le Val d’Oise : le Mouvement Républicain et Citoyen 95 s’insurge contre cette qualification stigmatisant une partie de nos concitoyens.
Rachid ADDA
Conseiller régional d’Ile de FRANCE
Conseiller municipal de Sarcelles
Secrétaire national du MRC chargé de la
Citoyenneté
Message à tous les républicains de France, citoyen lambda ou citoyen ministre de la République !
Sarcelles, le 8 juin 2009
A l’occasion de la nomination par le Conseil des Ministres de la nouvelle Préfète à l’égalité des chances dans le Val d'Oise, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a cru bon de qualifier l’intéressée, Madame Fatiha Benatsou, de « préfète issue de la diversité ».
Même si on peut comprendre la portée symbolique et exemplaire d’une telle nomination, il n’en demeure pas moins que d’affubler d’une telle qualification l’un des postes les plus prestigieux de la République Française, une indivisible laïque et sociale, est un nouveau dérapage verbal au plus haut sommet de l’Etat que l’exploitation politicienne de l’effet Obama dans les banlieues françaises ne saurait justifier.
La nomination en janvier 2004 au poste de Préfet du Jura d’Aissa Dermouche, désigné comme « préfet musulman » par Nicolas Sarkozy, était d’ailleurs antérieure à l’élection du nouveau président américain. La volonté d’exploiter l’ « effet Obama » n’est donc pas la seule explication de ces dérives sémantiques à répétition.
Que les intéressé-e-s fassent référence à leur histoire personnelle est une chose ; qu’un ministre justifie en partie une nomination par ce type de référence en est une autre. Car sauf à vouloir scinder la population française, contester une Citoyenneté française pleine et entière à certains de nos concitoyens ou donner des solutions en trompe l'œil en matière d’Egalite des chances, il est necessaire d’éviter ce type de formulation notamment au niveau des décideurs politiques ou institutionnels.
Car au-delà de la communication gouvernementale, il s’agit avant tout du sens que l’on souhaite donner à des valeurs fondamentales comme la Citoyenneté ou la Méritocratie républicaine sur lesquelles reposent théoriquement les nominations ou accessions à des titres quels qu’ils soient.
Or qualifier spécifiquement et quasi-exclusivement par un critère d’origine un Préfet
de la République, par exemple, revient à le disqualifier sur sa compétence et les raisons de sa nomination.
Au-delà même de ce cas emblématique, la mise en avant systématique de la promotion de la diversité risque, dans une République réputée méritocratique, de créer un principe de suspicion sur
une partie de la population française qui accéderait à certaines fonctions grâce à son origine réelle ou supposée et non à ses compétences et à ses efforts.
La dénomination « issue de la diversité » renferme, par ailleurs, les germes d’une stigmatisation
dangereuse d’une partie de nos concitoyens : pour une Préfète valorisée par ses origines, combien de bagagistes de Roissy-CDG ennuyés par les leurs
dans leur emploi à la suite des évènements du 11 septembre ! Elle devrait être interdite par la loi comme discrimination à part entière puisqu'elle conteste en elle-même la
pleine citoyenneté du Français ou de la Française ainsi qualifié.
De plus, le ciblage plus particulier sur la diversité issue du Maghreb ou d’Afrique Noire [le gouvernement
mettrait-il aussi en avant le critère d’origine d’un haut fonctionnaire nommé s’il était issu d’une immigration européenne comme notre président de la République ?], pourtant présente sur le
sol français depuis plus d’un siècle et demi, pose un problème particulier : combien de générations faut-il à certains de nos concitoyens pour ne plus être catégorisés en fonction de leurs
origines ? Même un Clovis, roi des Francs, est un immigré de première génération !
Ces dérives sémantiques sont l’expression d’une confusion savamment entretenue par une partie de la droite qui
souhaite maintenir le Front National à la portion congrue tout en convoitant les suffrages de l’élite "issue de l’immigration".
Un grand écart dont le dommage collatéral est le pacte républicain puisque le gouvernement tente aujourd’hui, à travers Yazid Sabeg, d’imposer une analyse ethnico-raciale d’une situation dont les
causes sont avant-gout sociales, territoriales, générationnelles et institutionnelles.
Ce type de raisonnement fallacieux reposant sur le constat biaisé selon lequel l’accès aux grandes fonctions du monde de l’économie, de la politique ou de
l’administration serait surdéterminé en fonction des origines ethniques alors que c’est la pratique de la cooptation et du copinage minant le principe d’Egalité qui vérouille en grande partie le
système.
En ce sens la diversité n’est qu’une diversion… et pour reprendre une formule de mon ami socialiste Akli Mellouli qui voit dans les politiques de quotas ethniques « l’Arabe qui cache la
foret ! ». Répondre à la crise dans nos quartiers par une approche ethnique aboutira à des solutions inopérantes, minera le "vouloir vivre-ensemble" et enterrera définitivement le
modèle républicain accusé en chœur de tous les maux pour mieux disculper une partie de la classe politique (droite communautariste et gauche différentialiste) qui l’ont vidé en moins de 20 ans de
son contenu par leurs dérives communautaristes.
Quel message veut-on envoyer à l’ensemble de la population française à travers ces dérives sémantiques et ces
tentatives d’introduire des critères ethniques dans notre modèle républicain ? Que les exclusions ne sont plus territoriales ou sociales mais purement ethniques et ainsi accroitre la
méfiance des Uns vis-à-vis de l’Autre, qui sera alors accusé d’obtenir sa place dans la société en raison de son origine ethnique.
Bonne chance à notre nouvelle Préfète et bienvenue en Val d’Oise !… Elle a du pain sur la planche si l’on en
croit les tropismes gouvernementaux en matière d’Egalité des Chances ! Espérons qu’elle incite ses ministres de tutelles et le porte-parole du gouvernement à bien nommer les choses et les individus.
Dans le contexte actuel de crises économique, sociale et identitaire, tout cela n'est pas anodin... il y a des "maux" à utiliser avec des pincettes.
Rachid ADDA
Conseiller régional d’Ile de FRANCE
Conseiller municipal de
Sarcelles
Secrétaire national du MRC chargé de la Citoyenneté
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Rachid ADDA
Conseil Régional d'Ile-de-France
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