Projet d’intervention de Rachid Adda, conseiller municipal de Sarcelles
lors de la séance budgétaire du 14 avril 2008
Je souhaiterais d’abord adresser mes félicitations à l’excellente présentation du rapporteur Mme Beressi. Je voulais aussi profiter de cette séance budgétaire pour remercier les agents communaux
et les services pour leur dévouement et leur travail aux services des Sarcellois dans des conditions parfois difficiles.
Mes félicitations vont malheureusement s’arrêter ici. Comme à Noël, derrière l’emballage d’un beau paquet, il y a parfois une mauvaise surprise à l’ouverture de ce dernier.
Et que de mauvaises surprises pour les Sarcellois dans ce budget primitif pour 2008 !
Je n’évoquerai que succinctement le compte administratif qui n’est qu’une photographie de la réalité de l’année passée en matière budgétaire et qui est la conséquence d’un budget primitif précédent monté de façon hasardeuse.
Ce budget vient après un débat d’orientations budgétaires tronqué où vous avez été incapable de mettre en perspective votre politique (quelle qu’elle soit d’ailleurs), de tracer des axes clairs, de définir des objectifs hiérarchisés qui se concrétiseraient à travers le budget que vous nous présentez ce soir et au-delà de vos discours de circonstances où vous dites tout et son contraire. D’un coté je vous comprends : comment tenir le même discours à chacun quand on a une majorité aussi hétérogène ! Mais comme on dit en la circonstance chacun sa « DOB »... Même si bientôt cela risque d’être celle de tous les Sarcellois.
Je vous répète ce que je vous ai dit lors du DOB. Vous naviguez à vue, sans instruments, sans cap et sans faire l’analyse des choix qui nous ont conduit à une situation financière dont vous êtes les seuls à croire (et encore est-ce vraiment le cas ?) qu’elle s’améliore.
Je suis stupéfait de ne voir qu’aucune discussion politique sur les choix importants pour la vie quotidienne des Sarcellois, pour la jeunesse, la culture, le logement… n’ait lieu aujourd’hui dans ce moment de la vie municipale le plus important qui est celui de l’adoption du budget.
Quels choix et quelles politiques derrière les chiffres que vous nous présentez ce soir ?
Comment comptez-vous répondre aux samedis libres pour les jeunes écoliers sarcellois ? Quels outils comptez-vous mettre en place pour assurer les mêmes chances de réussite qu’ailleurs à la jeunesse sarcelloise ?
Il ne suffit pas de pousser des cris d’orfraies et de voter des vœux pieux. Car vous semblez oublier que vous êtes aux commandes et depuis 13 années maintenant. Alors faire le vœu que l’avion arrive à destination, c’est normal quand on est passager… mais on attend autre chose du pilote. Mais y-a-t-il vraiment un pilote dans l’avion ? Y-a-t il d’ailleurs encore un avion ?
Votre budget traduit en euros (dont vous savez par avance que vous ne verrez jamais la couleur d’une grande partie des sommes inscrites) une politique sans ambition et dénuée de toute perspective d’avenir. Vous êtes surtout incapable de faire les choix budgétaires qui permettraient à la commune de préparer l’avenir et d’assurer un quotidien meilleur aux Sarcellois.
Alors ici ou là, il y a bien entendu de bonnes initiatives que nous soutiendrons lorsque les délibérations seront à l’ordre du jour. Je devrai même dire SI les délibérations sont un jour à l’ordre du jour car vous savez comme moi que beaucoup de vos promesses ne seront pas tenues ou peut-être lors d’une autre mandature parce qu’elles sont conditionnées à des subventions dont le niveau est surestimé (14 millions d’euros) pour pouvoir présenter un budget primitif en équilibre.
Illustration par l’exemple qui montrera que je ne suis pas dans la caricature ou le procès d’intentions. Quand on y pense bien, la salle Berier, fer de lance de votre action pour 2008, était déjà inscrite au contrat régional en 1999 avec une subvention affectée inscrite à votre budget de l’époque.
Par deux avenants successifs en moins de 14 mois vous avez modifié ce contrat régional où finalement la rénovation de la salle Berier a été retirée. Pour ne pas charger la mule, je n’évoquerai pas les équipements qui n’ont jamais vu le jour qui ont transité dans ce contrat régional. Vous avez quand même réussi à la vendre deux fois aux Sarcellois lors de vos campagnes de 1995 et de 2001 et même une troisième fois en mars dernier.
On peut au moins vous accorder la qualité de savoir rentabiliser en terme de communication les deniers publics Là c’est clair ! Meux que David Copperfield, vous arrivez à multiplier les euros selon l’équation, que je nommerai désormais l’équation de Berier : 1 subvention = 3 promesses = 0 équipement.
Euros virtuels bien entendu car au final à l’occasion du compte administratif, le moment où l’on fait vraiment les comptes, les masques tombent mais pas les subventions inscrites abusivement au budget primitif. Je pourrais donner de nombreux autres exemples identiques à la salle Berier.
Vous avez mis notre commune sous perfusions : les recherches de subventions ne peuvent avoir de sens que pour compléter une stratégie financière et fiscale à long terme s’appuyant sur le développement à la mise en valeur des nombreux atouts de notre commune. Mais pour cela il faudrait avoir une ambition pour Sarcelles plutôt que d’avoir cette gestion à courte vue.
Votre pratique chronique de l’avenant et votre recours systématique à l’emprunt pour combler une subvention en retard ou inexistante est le signe extérieur de la pauvreté de votre gestion. C’est surtout le signe d’une mécanique certes bien huilée mais d’une mécanique infernale qui entraîne la ville inexorablement un peu plus profondément dans des difficultés financières.
Tout ce que je viens d’indiquer n’est pas le fruit de mon imagination fertile puisque ce fut déjà un grief de la chambre régionale des comptes à l’occasion de la publication de ses observations définitives pour la gestion 1997/2001.. Et depuis la situation ne s’est malheureusement pas améliorée.
Vous justifiez par une mauvaise passe ou le contexte international les mauvais chiffres pour l’intérêt de la dette ou d’autres indicateurs au rouge. Mais le contexte international par définition c’est valable pour toute les communes du pays. Et l’amélioration que vous semblez pointer n’est qu’une illusion d’optique liée au choix de l’échelles sur vos graphiques et surtout à celui des mots. Une stagnation de la hausse pour la DSU ça reste encore une hausse me semble-il ? Alors pourquoi une situation plus difficile que l’an passé ?
En fait les difficultés que vous feignez de découvrir sont la conséquence d’un rattrapage par le principe de réalité des budgets successifs fantaisistes plus soucieux d’assurer votre réélection qu’une gestion saine des deniers publics.
Alors pour finir Monsieur le Maire. Non ce budget n’est pas une bonne nouvelle pour les Sarcellois. Vous nous parlez de rues rénovées, d’écoles reconstruites….
Déjà ce n’est pas partout que les rues sont en bon état et il faut beaucoup trop de temps encore pour la rénovation de certaines écoles. Si l’entretien courant n’était pas externalisé ou laissé à l’abandon, on n’aurait peut-être pas été contraint d’ailleurs à mobiliser des sommes aussi importantes pour des reconstructions. On voit même déjà certaines écoles récemment rénovées se dégrader à une vitesse vertigineuse.
Et puis est-ce vraiment un argument quand on regarde au-delà de la surface des choses. Les rues, les écoles… ce sont vos obligations légales minimales et même légales. Encore heureux d’être servi au restaurant ou raser chez un barbier !
Où est ce supplément d’âme socialiste, ce volontarisme républicain et ce souffle d’espérance qui nous permettraient de voter ce budget parce qu’il serait alors conforme aux intérêts et aux véritables
attentes des Sarcellois, même ceux qui majoritairement vous sanctionnent en se résignant à l’abstention ?
Nulle part malheureusement, et c’est pour cela que nous ne soutiendrons pas ce budget [nous nous sommes finalement abstenus, ndlr].

