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Républicain de gauche | |
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Secouée par les violences de Villiers-le-Bel, la 8e circonscription du Val-d'Oise cherche un successeur à Dominique Strauss-Kahn,
parti au FMI.
Certains lisent l'avenir dans le marc de café. D'autres en scrutant le sol. Ce dimanche matin, la quinzaine de militants UMP venus
tracter sur le marché de Lochères à Sarcelles, «en plein fief socialiste», comme ils disent, jettent régulièrement un coup d'oeil sur le bitume. «Peu de nos tracts jonchent le sol,
c'est plutôt bon signe», se réjouit un militant. Dans cette drôle de campagne - une législative partielle les 9 et 16 décembre prochain chacun se rassure comme il peut. Entre les allées du
marché, ils attendent la venue de leur candidate : Sylvie Noachovitch, avocate, pasionaria des prétoires et des prime-time, qui fut longtemps commis d'office sur le plateau de «Sans aucun doute»,
l'émission de Julien Courbet (TF1). Malgré les violences de la semaine dernière à Villiers-le-Bel, elle dit n'avoir rien modifié à ses plans de campagne. Ses supporters, non plus : «On a
seulement arrêté de tracter pendant deux jours sur Villiers-le-Bel, confirme Jacques Kas, responsable des jeunes UMP. Et puis, on est reparti au charbon. Même là-bas.» Sur les
événements récents, Sylvie Noachovitch ne s'étend guère. Préférant jouer sur sa proximité avec les gens, sa volonté de mettre fin aux «souffrances» de ces quartiers. Entre les étals, la
candidate «du coeur et de la raison», comme le dit son tract, n'a pas son pareil. La main toujours tendue, le sourire un peu mécanique, elle salue, elle embrasse, elle étreint, elle resalue même
des badauds déjà croisés. Les commerçants affichent ses tracts. Une vieille dame voilée lui glisse une pièce dans la main. «Ca vous portera bonheur.» D'autres lui demandent des conseils
juridiques ou des nouvelles de Julien Courbet, c'est selon. «Vous avez vu la gentillesse des gens. A chaque fois, cela me retourne le coeur», dit-elle.
Une semaine après l'embrasement de l'une des communes de la 8e circonscription du Val-d'Oise (avec Sarcelles Nord
et Est, Arnouville-lès-Gonesse, Garges-lès-Gonesse et Bonneuil), la campagne législative pour remplacer DSK a vite repris son cours. Un ou deux ministres, Christine Boutin et un autre membre du
gouvernement, sont attendus jeudi soir pour un meeting, ainsi qu'Olivier Besancenot le lendemain. Politique «as usual». Seul le candidat communiste, Francis Parny a demandé le report des
élections. En vain. «J'étais favorable à cette solution, explique Ali Menzel, 33 ans, suppléant du candidat MoDem, JeanMichel Cadiot et originaire de Villiers-le-Bel. Le temps que
notre ville meurtrie retrouve ses esprits et puis, c'était une façon de respecter le deuil des familles.» Le jeune homme fait partie de ceux qui ont organisé les marches silencieuses et
contribué à ramener le calme dans les quartiers : «N'allez voir aucune récupération politique là-dedans. D'ailleurs, pour moi, la campagne est terminée.»
Dimanche matin, dans les mêmes allées du marché de Lochères, François Pupponi, le maire de Sarcelles et candidat PS à la
succession de son mentor, est venu lui aussi reprendre une campagne laissée en plan pendant quelques jours. La démarche est un peu lasse et les yeux cernés. «J'ai passé quatre nuits à
sillonner la ville pour apaiser les esprits», explique-t-il. Les événements de Villiers-le-Bel ont renforcé ses convictions. Il y a urgence : «Bien sûr, il faut lourdement sanctionner
ceux qui ont tiré sur les policiers. Mais il faut aussi s 'interroger sur la misère sociale, ferment de tout un tas d'événements.» Celui qui se verrait bien comme «porte-parole des
banlieues» au parlement a quelques idées en tête, comme la création d'«emplois francs», sur le modèle des zones franches et destinés en priorité aux habitants des quartiers difficiles. Mais s'il
espère un vote à gauche, il craint aussi un taux d'abstention proche des 70%. Et une poussée des extrêmes : «Dès le premier soir des violences, on a vu des gens du FN venir coller des
affiches», confie Khalid, 30 ans, employé municipal à Villiers-le-Bel. Le lendemain matin, Jean-Michel Dubois, le candidat frontiste à la législative se faisait photographier dans les ruines
encore fumantes du concessionnaire Pétillon Automobiles. Avant d'inviter Marine Le Pen à venir le soutenir sur un marché de Sarcelles, samedi dernier, il avait aussi enregistré une interview pour
les sites internet du FN : «C'est en m'élisant que vous pourrez dormir tranquilles !», promettait-il. Fondateur de la Tribu Ka, le groupuscule Noir radical, aujourd'hui interdit, Kémi
Seba est lui aussi venu enregistrer sa vidéo à Villiers-le-Bel et a participé à une marche silencieuse : «Je ne suis pas là pour faire passer un appel à la violence mais encore moins un appel
au calme.»
«Ils ne sont pas les seuls à avoir fait de la récup», tonne Rachid Adda, le
candidat MRC. Dans son collimateur, le maire de Sarcelles très présent sur les plateaux de télé la semaine dernière. Avec le candidat MoDem, il s'en est d'ailleurs plaint auprès du CSA : «Un
vrai hold up médiatique sur fond de drame humain et social ! Pupponi pose un regard extérieur sur la situation de nos quartiers avec un détachement inouï vu qu'il est aux affaires municipales
depuis dix ans et donc responsable en premier chef de cette situation d'abandon.»
Jusqu'à maintenant, cette législative partielle n'intéressait pas grand monde. «C'est sûrement en utilisant les panneaux
électoraux comme boucliers que les émeutiers se sont rendu compte qu'il y avait une élection», lâche ironique, un militant UMP. Pas sûr que les événements aient changé la donne. «Je n'ai
jamais vu une élection aussi peu suivie par les médias, regrette Jean-Michel Cadiot, candidat MoDem et journaliste à l'AFP. Pourtant, c'est justement en ce moment que le débat prend
toute son ampleur.» Mais la semaine dernière, les feux à peine éteints, les caméras étaient déjà reparties.
Vincent Monnier
Paris Obs
par Rachid Adda
publié dans :
Sarcelles/Garges/Villiers-le-Bel
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