Dimanche prochain, la huitième circonscription devra élire le remplaçant de son député, Dominique Strauss-Kahn, parti au FMI. Mais, marquée par les événements de
Villiers-le-Bel, la population aura-t-elle coeur à se déplacer pour départager la télégénique avocate de l'UMP Sylvie Noachovicth et l'héritier socialiste de SDK à Sarcelles, François
Pupponi?
Les émeutes du début de la semaine ont propulsé Villiers-le-Bel à la une des journaux. L'accident mortel, les tirs sur les policiers, les commerces incendiés ont éclipsé la campagne électorale
dans ce coin déshérité du Val-d'Oise. Les électeurs de la circonscription (qui englobe Villiers-le-Bel, Garges-lès-Gonesse et le nord-est de Sarcelles) sont pourtant appelés à voter dimanche,
pour choisir le successeur de Dominique Strauss-Kahn, parti au FMI. Sylvie Noachovitch, la médiatique candidate de l'UMP, compte bien prendre sa revanche. Et battre le maire (PS) de Sarcelles,
François Pupponi, dauphin désigné de DSK.
Jeudi dernier, l'ancienne avocate de l'émission Sans aucun doute bat donc le rappel à Garges. Selon elle, il ne faut pas se fier au résultat final des législatives de juin (55,4% pour
DSK), mais au premier tour où elle avait devancé le ténor du PS de 90 voix! "Là-dessus, est sorti l'article calomnieux du Canard Enchaîné [qui lui prêtait des propos racistes],
plaide-t-elle. J'ai voulu m'expliquer. Mais, comme par hasard, je me suis fait agresser. J'ai eu 10 jours d'interruption de travail. Les gens ont cru que j'avais abandonné."
"Je sens un amour entre moi et les gens"
La revoilà donc sillonnant le marché, la voix enrouée, le rire facile. Elle parle peu des émeutes. Ne cite pas Nicolas Sarkozy. Mais revient sur ses mésaventures: "Les calomniateurs vont être
lourdement condamnés". Elle assure qu'elle n'a "jamais quitté le terrain", évoque l'association humanitaire qu'elle a créée en août, et proclame: "Cela va être le jackpot. On va
gagner et faire la révolution dans la 8e circonscription. Je vais lutter contre la pauvreté, un de mes objectifs premiers, et contre l'insécurité, ce qui passe aussi par la prévention".
L'accueil est plutôt bon. "Aussi jolie qu'à la télé", juge un fan. "Dans l'émission, elle écoutait les gens et les défendait. Alors si elle peut nous défendre aussi...",
approuve une autre. La quadra télégénique s'émeut: "Ils sont adorables!" Et assure: "Je sens un amour entre moi et les gens, une vraie fusion. Je suis très motivée pour eux. Je ne le
vis pas comme un sacrifice, mais comme une vocation".
Au passage, un monsieur s'énerve contre cette "avocate de Sarkozy". Un jeune lui conseille de ne pas venir à Villiers-le-Bel car "elle n'est pas du bon parti". L'élue municipale
d'Enghien affiche toujours le même sourire. D'après elle, les émeutes n'ont "pas d'impact" sur la campagne. Elle balance tout de même: "Sarcelles a perçu d'importantes subventions
mais, curieusement, il n'y a pas d'amélioration. Où sont-elles passées ?"
En face, le maire de Sarcelles, François Pupponi, 45 ans, est pris dans le tourbillon des événements. "Sincèrement, la campagne, je la mets au second plan", confiait-il mardi, les traits
tirés après deux nuits passées sur le terrain. Mais il se verrait bien en "porte-parole de la banlieue" à l'Assemblée. D'ailleurs, rappelle-t-il, "il y a 15 jours, les maires de
banlieue ont interpellé l'Etat pour dire: Attention, on n'a pas tiré les leçons des émeutes de 2005 !" L'édile soupire: "Ce gouvernement n'a pas de discours sur la banlieue." Lui
axe sa campagne sur l'accès au logement, l'emploi pour les habitants des quartiers, mais aussi la sécurité: "Il faut arrêter de faire passer les élus de gauche pour de grands laxistes."
Il réclame notamment une police de proximité, davantage de policiers ou le développement de la vidéosurveillance.
"Ces situations sont peu propices à la gauche"
Auparavant, il était plutôt confiant: "On sentait un vrai rejet de la politique gouvernementale dans les quartiers. La baisse du pouvoir d'achat et la politique de lutte contre l'immigration
les frappent de plein fouet." S'il n'a pas la notoriété de DSK, il se présente quand même comme son "héritier": "Je lui ai succédé à la mairie en 1997. C'est un ami de vingt
ans. On ne s'est jamais engueulés". Mais difficile de prévoir la suite.
A gauche, les autres candidats s'inquiètent. "Ce type d'événements pousse souvent les électeurs à se replier sur un vote sécuritaire", craint Chantal Gourinel (Verts). "Ces
situations sont peu propices à la gauche", renchérit Philippe Guegdes (LCR). De son côté, le communiste Francis Parny a demandé, en vain, le report de la partielle.
D'ailleurs, si beaucoup épinglent Mme Noachovitch, candidate "télépeople", qui "n'habite pas ici" (mais à Montmorency, 95), ils sont aussi critiques vis-à-vis du socialiste.
"Il a sa part de responsabilité dans le fait que sa ville va mal", estime le journaliste Jean-Michel Cadiot, candidat du MoDem. Son adversaire du MRC, Rachid Adda (qui le poursuit en
diffamation), lui reproche une "gestion communautaire" de la ville. Et d'autres évoquent ses frais de représentation onéreux pour la société d'économie mixte SEM Chaleur.
Le Front national (4% en juin), lui, espère tirer son épingle du jeu avec son candidat Jean-Michel Dubois, directeur des grandes manifestations du parti. Mais la principale inconnue reste la
participation à cette partielle. "On risque d'avoir 25 % ou 35 % de votants, estime un militant. C'est la roulette russe !"
Lundi 03 Décembre 2007
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Républicain de gauche | |
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par Rachid Adda
publié dans :
Sarcelles/Garges/Villiers-le-Bel
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