17ème Convention nationale de l’ADCF / 12 octobre 2006
Intervention de Jean-Pierre Chevènement, ancien Ministre de l'Intérieur
Toutes les réformes se jugent dans la durée. Il en va ainsi de l’intercommunalité née, pour l’essentiel, des lois de 1992 et 1999 et destinée à remédier à l’exceptionnel émiettement communal qui caractérise notre pays en Europe (36600 communes contre 8000 environ en Italie et en Espagne, 1400 en Allemagne, 589 en Belgique, etc.).
Comme le dit le proverbe : « la critique est facile, l’art est difficile ».
Le ministre délégué aux collectivités territoriales a souligné, le 17 mars 2006 au Sénat, le succès quantitatif de l’intercommunalité à fiscalité propre qui touche 32.913 communes, soit 53,8 millions d’habitants au 1er janvier 2006. J’ajouterai que les groupements à taxe professionnelle unique concernent, eux, 15.130 communes et 40,9 millions d’habitants, soit les deux tiers de la population française. Mais il ne serait pas juste, comme l’a fait M. Hortefeux, d’opposer « les carences » de l’intercommunalité à leur succès quantitatif. L’instauration de la TPU est elle-même une réforme qualitative de très grande ampleur. Elle met fin, notamment dans les agglomérations, à des concurrences fiscales stériles, et elle dote celles-ci de ressources qui devraient en principe leur permettre d’exercer leurs compétences stratégiques : développement économique, aménagement de l’espace, équilibre social de l’habitat, politique de la ville notamment.
On ne peut traiter l’intercommunalité en milieu rural comme en milieu urbain. En milieu rural, l’important c’est la taille critique qui doit permettre le maintien des services publics sur tout le territoire. S’agissant du mode de désignation des conseillers communautaires, je suis partisan en milieu urbain d’un fléchage des conseillers municipaux destinés à siéger aussi comme conseillers communautaires sur le modèle de la loi PLM.
Je suis réservé, dans l’état actuel des esprits, sur l’élection du Président du Conseil communautaire au suffrage universel. Il est indispensable de débattre du projet communautaire mais je crains la personnalisation et les conflits de légitimités. Ne vaut-il pas mieux que le Président soit élu par les Conseillers ?
En tout état de cause, même le système de fléchage n’est pas applicable en milieu rural : dans les petites communes, en effet, les listes sont élues avec panachage. Il est donc décisif que la légitimité démocratique reste dans la commune.
Sept ans après la loi du 12 juillet 1999, dont le développement de l’intercommunalité en milieu urbain était l’un des objectifs, la très grande majorité des aires urbaines disposent de structures d’action efficaces pour préparer l’avenir à moyen et long terme : 14 communautés urbaines, 164 communautés d’agglomération, alors que nous n’en prévoyions au départ qu’une quarantaine, et de nombreuses communautés de communes constituées autour de villes petites et moyennes ont désormais les moyens d’organiser l’espace urbain. Bien entendu, les projets communautaires sont d’une ambition inégale. C’est la loi de la démocratie.
Mais le temps, peu à peu, permet aux projets de prendre forme : partout des zones d’activité économique fleurissent. Les quartiers changent. La délégation des aides à la pierre aux EPCI va les doter d’un outil puissant au service de la mixité de l’habitat, pour peu, évidemment, que cette délégation n’aboutisse pas à un simple transfert de charges non compensées, du fait de la raréfaction des crédits et de la hausse des prix à la construction.
La principale inquiétude que je nourris quant à l’avenir de l’intercommunalité tient à deux faits qui se rejoignent d’ailleurs étroitement : d’une part les effets de la réforme de la TPU, la plafonnant à 3,5 % de la valeur ajoutée des entreprises par la loi de finances 2005 et d’autre part le désintérêt de l’Etat ou son incapacité à se servir des structures intercommunales pour promouvoir les objectifs qu’il se donne par ailleurs en matière d’aménagement du territoire et notamment de mixité sociale.
La réforme de la TPU est un mauvais coup porté à l’intercommunalité. Comme l’a fort bien dit le président Marc Censi : « Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ». Cette campagne de dénigrement tout à fait outrancière qui a eu lieu en 2004 - 2005 éclaire la démarche ultérieure du gouvernement qui, si ;la réforme de la TPU était appliquée, porterait gravement atteinte à l’intercommunalité.
I - Les effets de la réforme de la TPU de la loi de finances 2005.
Cette réforme va entraîner une véritable cassure dans la progression des recettes des communautés à taxe professionnelle unique, notamment des 164 communautés d’agglomération et des 11 communautés urbaines qui ont choisi ce mode d’imposition. Le calcul des bases plafonnées intervient a posteriori et introduit une incertitude de taille. D’ores et déjà des premières simulations font apparaître un pourcentage moyen de bases plafonnées compris entre 40 et 50 %. Toute augmentation du taux entraînera un rendement diminué d’autant. Ce qui, aux yeux du gouvernement, constitue un « bouclier fiscal » pour les entreprises est en réalité un véritable « sabot fiscal » pour les groupements intercommunaux. Cette mesure risque d’encourager la concurrence fiscale entre les différents niveaux de collectivités, à seule fin de « saturer » les bases fiscales non encore plafonnées, comme on le voit souvent sur le terrain : la plus grande proximité des maires et des élus communaux d’avec les électeurs les encourage à la modération fiscale, ce qui n’est pas toujours le cas pour les collectivités départementales et régionales. Ainsi en 2005, la région, a en moyenne augmenté sa fiscalité de 21,8%, le département de 4,6% et les communautés de communes de 0,35% seulement. Comme chacun sait, celles-ci ne peuvent faire ce qu’elles veulent. Elles sont tenues de respecter des règles de liaison entre les taux.
La conséquence du plafonnement des bases risque d’être pour les groupements à TPU le recours à la fiscalité additionnelle, ce qui ne manquera pas de complexifier encore la perception de l’impôt par nos concitoyens. La mutualisation des moyens permet certes des économies ; mais elle a des limites. Il est indispensable de supprimer le plafonnement des bases pour doter les intercommunalités à TPU d’une ressource qui leur permettra de remplir leur rôle au service de la cohésion sociale et territoriale. C’est un engagement que doivent prendre tous les candidats à l’élection présidentielle de 2007. Pour ce qui me concerne, je le demande.
Ainsi seulement l’intercommunalité, qui est l’échelon le plus porteur de projets et d’innovations, recevra-t-elle les moyens de son essor dans la durée.
II - Le désintérêt ou l’incapacité de l’Etat à se servir des structures intercommunales pour atteindre ses objectifs apparaît notamment dans la faiblesse des dotations accordées au volet territorial des « contrats de projet » Etat-régions.
Ai-je besoin de souligner que les entreprises, pour la solution de leurs problèmes concrets de développement, ont besoin d’interlocuteurs de proximité et non d’agences régionales lointaines ?
De même la mixité sociale implique-t-elle le relais de communautés de communes armées pour lutter contre la ghettoïsation de nos villes. La délégation des aides à la pierre aux structures intercommunales doit s’accompagner des transferts financiers correspondants, notamment au profit de l’habitat social trop souvent désavantagé.
La fixation d’objectifs de mixité ambitieux par la loi doit s’appuyer sur des conventions plus substantiellement dotées. Les groupements intercommunaux pourront agir efficacement à cette condition. Ils sont d’ores et déjà des lieux extrêmement utiles de prise de conscience de la nécessité de lutter contre la ségrégation urbaine afin de préserver l’espace républicain.
De même la relance de contrats de plan entre l’Etat et les groupements intercommunaux permettra un aménagement du territoire plus démocratique et répondant mieux aux aspirations et aux besoins de nos concitoyens, notamment en matière d’équipements communautaires et d’habitat social.
L’intercommunalité est un bel outil. A condition qu’on s’en serve. Cela dépend certes des élus mais aussi de la politique de l’Etat qui doit impulser plutôt que freiner la mise en marche d’une réforme dont le pays est loin d’avoir tiré tous les fruits ou bénéfices de l’aménagement du territoire. Il n’est pas besoin de révolutionner l’appareil législatif. La réforme a progressé à pas de géant depuis 1999. Donnons lui les moyens financiers de produire tous ses effets pour que la France soit partout un pays où il fasse bon vivre, avec des services publics de qualité. Pour le reste, agissons avec modération en tenant compte des réalités communales. Car c’est dans la commune d’abord que vit le principe de la démocratie...
Tribune de Jean-Pierre Chevènement
publié le 27 octobre 2006 dans le journal le Figaro
[JPC est ancien ministre de la Défense, ancien ministre de l'Intérieur, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC)].
Halte au feu !
Il n'y a aucune raison de céder à la manie commémorative : après la crise des banlieues, ces « délaissés de notre société » selon le mot de Jean-Marie Delarue (1), un an ne donne pas le recul suffisant pour juger ce qui a été fait ou ne l'a pas été. Même si on peut penser qu'un début de prise de conscience s'est opéré, c'est dans le temps long qu'il faut se placer pour apprécier les évolutions sociétales et l'efficacité des politiques. selon le mot de Jean-Marie Delarue (1), un an ne donne pas le recul suffisant pour juger ce qui a été fait ou ne l'a pas été. Même si on peut penser qu'un début de prise de conscience s'est opéré, c'est dans le temps long qu'il faut se placer pour apprécier les évolutions sociétales et l'efficacité des politiques.
Si l'on s'en tient aux déclarations du premier ministre, le bilan de l'action gouvernementale depuis un an est quand même assez mince : quinze zones franches créées, 15 800 jeunes reçus à l'ANPE (mais combien ont été réellement reclassés ?), 249 collèges labellisés « ambition réussite » (les autres sont-ils voués à l'échec ?), et quelques centres « défense deuxième chance » qui tardent à se mettre en place. Je ne vois guère que deux chantiers qui aient, tant soit peu, progressé : les projets de rénovation urbaine et surtout la sensibilisation des milieux patronaux et syndicaux à la nécessité de tenir compte, dans les politiques d'embauche, de la réelle « diversité » des Français d'aujourd'hui. Il est dommage qu'on n'ait pas cru bon de mettre en place parallèlement des « observatoires de la diversité » sur la base de critères non pas ethniques, mais purement géographiques (domiciles en ZUS, nationalité des parents et des grands-parents). Aucune politique ne peut réussir sans un instrument de mesure, même grossier et purement indicatif.
Évidemment, en profondeur, rien n'a encore été résolu : il faudra des secousses ou des événements politiques autrement puissants pour inverser le cours des choses, en Europe et dans notre pays, et par conséquent la tendance de fond dans nos banlieues.
À court terme, la dimension sécuritaire risque de prévaloir encore une fois. Ce n'est un secret pour personne que les effectifs supplémentaires de policiers et de gendarmes, prévus par la loi de programmation sur la sécurité votée en 2002, ne sont pas au rendez-vous sur le terrain, quatre ans après. Ils se sont perdus en route dans d'obscures tractations. La police de proximité, qui ne se résume pas à l'îlotage, mais implique une action partenariale avec tous les acteurs locaux de la sécurité, a été vidée de ses effectifs et par conséquent de son contenu. Le ministre de l'Intérieur a privilégié à l'excès les brigades d'intervention et la police d'ordre public avec les résultats qu'on pouvait prévoir : quand la police ne connaît plus la population, elle multiplie les contrôles. Les relations se tendent comme le manifeste la multiplication inacceptable des agressions contre les policiers enregistrée depuis quelques mois. N'est-elle pas en partie la conséquence du changement de doctrine effectué dans l'utilisation de la police ?
L e ministre de l'Intérieur - et ce n'est jamais bon signe - reporte la responsabilité de cette dégradation sur les magistrats. Je suis bien placé pour savoir que la tâche du ministre de l'Intérieur n'est pas une sinécure. S'il est légitime d'avoir un débat sur la justice à l'Assemblée nationale, ce ne peut être le prétexte d'une défausse d'un ministre sur un autre, voire sur le gouvernement tout entier devant l'opinion publique. Ou alors il faut en tirer les conséquences, conformément à l'adage : « Un ministre, ça ferme sa gueule et si ça veut l'ouvrir, etc. »
Comment ne pas s'étonner par ailleurs de voir un rapport des Renseignements généraux s'étaler en une de la presse pour pronostiquer un embrasement, à l'approche du 27 octobre, dans une série de villes d'Île-de-France nommément citées ? Cette « fuite » d'un document confidentiel après celle concernant les rapports des préfets à la Direction générale de la police nationale est-elle vraiment innocente ? J'en doute.
L'emballement médiatique est malheureusement une caractéristique de nos sociétés. Quand la braise est encore chaude, le moindre souffle peut ranimer la flamme. On sait ainsi qu'à Strasbourg, la présence de nombreuses chaînes de télévision donne à chaque Saint-Sylvestre l'occasion de battre, en matière d'incendies de voitures, le record de l'année précédente. La médiatisation ne crée pas, mais elle suscite et met en scène une « délinquance-spectacle ».
Est-ce bien le rôle du ministère de l'Intérieur que de nourrir ces psychoses ? Les violences urbaines ne font de victimes que chez les pauvres (et bien sûr chez les policiers). Elles dressent les catégories sociales les unes contre les autres. Elles opposent les générations. Mais elles suscitent aussi un intense besoin d'ordre et pas seulement dans les banlieues. Je ne veux pas croire que ce calcul à courte vue puisse être celui d'un candidat à la présidence de la République et je souhaite que les chaînes de télévision s'abstiennent de ce genre de « commémoration ».
Il est plus que temps de revenir en tous domaines aux valeurs et aux principes républicains. La gauche elle-même ne doit pas se laisser entraîner dans une spirale de critiques plus ou moins inspirées d'une philosophie « victimaire-compassionnelle ». Trop de jeunes des cités ont rompu avec le système scolaire et avec le monde du travail pour céder aux mirages de la consommation et refuser tout effort, en considération de la rentabilité immédiate du petit trafic ou du vol. La volonté politique ne peut se passer de lucidité et si la République se doit d'être généreuse, elle doit aussi être ferme. C'est ainsi seulement qu'elle pourra redonner un horizon de progrès partagé à la jeunesse.
En démocratie, c'est quand même le gouvernement qui est le premier responsable : quelle frilosité, dans le domaine de la formation, pour ouvrir aux jeunes des cités l'accès aux filières d'excellence ! Comment rien n'a-t-il pu être fait, dans le domaine de la Fonction publique (à l'exception notable de la police) pour développer les préparations rémunérées aux concours ? On n'en finirait pas de pointer les manques d'initiative et les insuffisances. De toute évidence, il manque, au sein du gouvernement, une structure d'impulsion interministérielle, à la fois permanente et suffisamment puissante pour susciter en continu les arbitrages nécessaires. Une « agence pour la cohésion sociale et l'égalité des chances » ne suffit pas. C'est toute l'action gouvernementale qui doit traduire cette priorité. Si le discours « on n'a rien fait » est destructeur (on a fait beaucoup, mais sans vue d'ensemble), l'absence d'un projet collectif porté par la nation tout entière est évidente. Je n'accuse pas la République. Je mets en cause l'inertie des hommes et la paralysie des structures qui ont conduit à la panne du modèle républicain. est destructeur (on a fait beaucoup, mais sans vue d'ensemble), l'absence d'un projet collectif porté par la nation tout entière est évidente. Je n'accuse pas la République. Je mets en cause l'inertie des hommes et la paralysie des structures qui ont conduit à la panne du modèle républicain.
O n a assisté, il y a deux ans, à un débat onirique sur les mérites comparés de la discrimination positive et du volontarisme républicain. Mais où celui-ci s'est-il réfugié pour que si peu ait été réellement entrepris ? Je suggère que la campagne présidentielle soit l'occasion d'ouvrir un grand débat public sur les moyens de faire vivre l'égalité réelle de tous les jeunes Français, dès lors, naturellement, que le mérite et le travail, valeurs éminemment républicaines, auront retrouvé « droit de cité ». Ce serait une bonne manière de débonder l'abcès de nos banlieues que de faire enfin de la politique. Saisir l'occasion du débat national qui s'ouvre pour faire mûrir le grand projet de « faire France » au XXIe siècle. Et en attendant de crier à tous : « Halte au feu ! »
Pour résorber la crise de nos cités, il n'y a pas d'autre méthode ni d'autre remède, en définitive, que la démocratie républicaine, j'entends par là une démocratie qui n'a pas froid aux yeux.
PARIS, 26 oct 2006 (AFP)
Le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) Jean-Pierre Chevènement a dénoncé jeudi sur France 2 la "politique d'extermination" du PS à l'égard de son parti, et répété qu'il serait "très probablement" candidat à l'élection présidentielle. "Le Parti socialiste a donné 36 circonscriptions au PRG pour ne pas avoir à faire avec Mme Taubira. Mais au MRC qu'est-ce qu'il propose? (...) J'ai entendu dire trois circonscriptions. C'est une politique d'extermination", a déclaré M. Chevènement. "Tout homme politique qui se respecte ne se laisse pas marcher sur les pieds, donc évidemment, probablement, très probablement je serai candidat", a ajouté M. Chevènement, qui a aussi rappelé qu'il n'était pas d'accord avec le PS sur beaucoup de sujets: "l'Europe, les conditions de la croissance, les services publics, la politique industrielle". Le président d'honneur du MRC a par ailleurs jugé "inadmissible" que la SNCF ait pu octroyer au groupe canadien Bombardier le marché de renouvellement des trains de banlieue d'Ile-de-France, alors que le Canada a réservé certains de ses propres marchés à Bombardier. Il y a "un manque de patriotisme économique réel de ceux qui nous dirigent" et "il faut que les intérêts de la France soient mieux défendus", a-t-il ajouté. Enfin interrogé sur une éventuelle nouvelle flambée de violence dans les banlieues, M. Chevènement a indiqué qu'il craignait "surtout une nouvelle excessive médiatisation". "Il y a des problèmes" dans les banlieues, mais "une médiatisation excessive à un moment donné peut créer un effet d'appel", a-t-il dit. "Les médias devraient traiter avec plus de mesure et de responsabilité ce genre de sujet", a-t-il dit.
PARIS (Reuters), 19 octobre 2006
L'ancien ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a déclaré jeudi que sa candidature à l'élection présidentielle de 2007 était "probable", en l'absence de propositions du Parti socialiste.
Le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui s'était présenté en 2002, a dit sur France Info qu'il n'avait pas reçu à ce jour de propositions du premier secrétaire du PS François Hollande dans la perspective des prochaines échéances.
"C'est la raison pour laquelle je vous dis que ma candidature est probable", a-t-il ajouté.
Il a admis qu'il n'avait pas encore le nombre nécessaire de parrainages de maires.
"Je n'ai pas encore le compte mais je pense que je l'obtiendrai", a-t-il dit. "Les maires, dont je suis, savent que je suis proche de leurs préoccupations (...) et j'espère qu'il me donneront, si je le décide, l'occasion de m'exprimer."
"Je pense que ma candidature serait utile parce qu'elle élèverait le niveau du débat, qu'elle serait légitime, au moins aussi légitime (...) que celle de Mme Voynet (candidate des Verts), de la candidate communiste ou radicale", a souligné Jean-Pierre Chevènement.
Il a précisé que l'Europe serait au centre de sa campagne. En votant "non" à la Constitution européenne le 29 mai 2005, les Français ont exprimé leur désir de "changer l'orientation de la construction européenne", a-t-il expliqué. "Depuis, il ne s'est rien passé."
Il a notamment estimé que le projet socialiste était "extrêmement ambigu" sur la question européenne.
"Les Français doivent se voir présenter une offre convenable aux prochaines élections présidentielles", a-t-il ajouté. "Il est clair que la question de la réorientation de l'Europe est centrale. Non pas une nouvelle constitution, dont on n'a pas besoin (...) mais un redressement économique et social, un gouvernement économique de la zone euro, une réforme des statuts de la Banque centrale européenne et des pouvoirs attribués à l'Eurogroupe (...) pour faire reculer durablement le chômage."
Présidentielle
Chevènement prêt à se lancer.
La présidentielle de 2007 sera-t-elle le remake, à gauche, de celle de 2002 ? Alors que Christiane Taubira entend de nouveau porter les coueleurs du PRG au printemps, Jean-Pierre Chevènement assure qu'il "ne voit pas" à ce stade ce qui pourrait le faire "renoncer" à sa candidature. A 67 ans, le cofondateur du PS, qui avait réuni 5,33% des suffrages en 2002, envisage de se remettre dans la course. "Ma candidature serait utile et légitime", estime-t-il. Et d'insister : "Je pense que le meilleur candidat pour les anti-libéraux, ce serait moi".
Celui qui fut plusieurs fois ministres entre 1981 et 2000 préside aujourd'hui la fondation de recherche Res-Publica, est président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), et dirige toujours la mairie de Belfort. "Je ne regrette pas du tout ma campagne de 2002, je n'ai pas un mot à retirer de ce que j'ai dit à l'époque", insiste l'inventeur du néologisme "Chirospin", afin de moquer la collusion entre les deux candidats. La tentative avortée de retour de Jospin le mois dernier est bien la preuve, pour Chevènement, que l'ancien Premier ministre n'a pas eu besoin de lui pour échouer en 2002. "Les socialistes sont bien convaincus que Jospin a fait quelques erreurs, sinon ils auraient tout fait pour lui permettre de revenir", observe-t-il.
Le "Che", qui publie ces jours-ci "La Faute de M. Monnet" (Ed. Fayard), assure qu'il ne prendra pas sa décision (qui interviendra avant la fin de l'année) "en fonction de ce qui se passe au sein du PS". "Fabius a bien compris le monde dans lequel on est entré", "Ségolène doit bien avoir quelques qualités pour arriver là où elle est", Strauss-Kahn, qui "confond nation et nationalisme", n'a définitivement pas ses faveurs, mais le projet du PS, dont tous trois se réclament, est, selon lui, "faible, ambigu, pour ne pas dire dangereux". Chevènement, vexé que le PS n'ait gelé que quatre circonscriptions au MRC pour les législatives, ne laissera pas passer cette nouvelle occasion de "peser dans le débat". Et de lâcher, sans risque d'être contredit : "Si on ne porte pas ses idées, on n'a aucune chance de les faire entendre".
Nathalie Segaunes
Je mets en ligne l'intervention des élus MRC au conseil municipal de Garges-les-Gonesse, lors de la séance consacré aux projets ANRU de la commune. L'analyse est pertinente et pose la problématique de la rénovation urbaine d'une manière cohérente. Si cohérente qu'en pleine séance publique, la majorité de droite (non bornée à sa droite...) sous la coupe de Nelly Olin, s'est donnée le droit d'insulter un élu de la république plutôt que de répondre aux questions légitimes de l'opposition républicaine. Cette intervention a le mérite de toucher là où ça fait mal... à gauche comme à droite d'ailleurs.
Pour lire cette intervention, cliquez ICI
Je mets en ligne une question orale des élus MRC au conseil municipal de Garges posée lors de la séance consacrée aux projets ANRU de la commune. Elle est toujours d'actualité et pas seulement à Garges-lès-Gonesse. Ici comme à Argenteuil et à Sarcelles dans une moindre mesure, la rénovation urbaine sert de paravent à un tri social. La rénovation urbaine ne profite pas pleinement aux locataires désireux de rester dans leur commune. Ceci est d'autant plus condamnable qu'ils y ont vécu dans un habitat détérioré et que cette rénovation est en partie financée par les loyers et charges payés durant des décennies.
Le MRC plaide pour une rénovation urbaine profitant pour les populations habitant déjà dans les communes concernées. Dans les communes comprenant un taux de logements sociaux déjà important, la rénovation urbaine doit aussi être un moyen de restaurer la mixité sociale à l'échelle des quartiers en rééquilibrant les taux de logements sociaux souvent très différents suivant les quartiers [très faibles dans les vieux pays, par exemple]. Elle doit surtout favoriser la restauration de l'égalité des chances en offrant de meilleures conditions de vie et un cadre plus favorable à l'épanouissement de chacun.
La resitution en logements sociaux ne peut pas être plus faible que l'offre initiale à l'échelle de la commune car cela reviendrait mécaniquement à exclure une partie de la population d'un relogement dans la commune au profit d'une population "plus solvable" venant d'ailleurs.
Rachid ADDA
Pour lire cette intervention, cliquez ICI
Le Conseil National du Mouvement Républicain et Citoyen, convaincu, à l’unanimité des intervenants, de la cohérence et de la pertinence de son projet républicain, et bien décidé à le proposer aux Français, pour manifester qu’il existe une issue républicaine à la crise, a ratifié le dispositif mis en place pour la campagne présidentielle possible de Jean-Pierre CHEVENEMENT :
- dès lundi, les zéniths des grandes villes de France seront réservés pour des dates échelonnées de janvier à mai 2007 en vue de meetings de campagne
- les 36 000 maires de France vont être à nouveau contactés pour parvenir à 600 promesses de parrainage (100 de plus que les 500 nécessaires, par sécurité)
- en janvier 2007, le local de campagne présidentielle ouvrira à Paris
- des comités d’appel à la candidature de Jean-Pierre Chevènement doivent être créés dans tous les départements.
Par ailleurs, concernant les élections législatives, le Conseil National a voté à 82 % le dispositif électoral présenté par le secrétariat national. Le MRC présente d’ores et déjà des candidatures autonomes dans 100 circonscriptions où la Droite est sortante. Le MRC ne s’interdit évidemment pas pour autant d’investir par la suite des candidats dans les circonscriptions où la gauche est sortante, mais laisse à ce stade la porte ouverte à la conclusion d’un éventuel accord politique de rassemblement de la gauche.
Le MRC se rendra mardi matin à la rencontre que lui a proposée le Parti Socialiste, et à laquelle participeront d’autres formations de gauche. Le MRC n’ira pas à cette rencontre pour enfoncer des portes ouvertes en répétant seulement son opposition à la politique de la Droite. Au contraire, nous porterons le débat au fond, car c’est la condition d’une politique alternative conforme aux aspirations populaires exprimées, notamment, le 29 mai 2005.
Paru dans le Journal l'Alsace/le Pays de Belfort, 18 octobre 1997
NÉCROLOGIE
M. Ben Abdallah Adda
La communauté musulmane est en deuil. L'un des siens, résidant à Champagney, vient de s'éteindre à l'hôpital de Belfort. Ben Abdallah Adda était né à Tlemcen, en Algérie alors française, en 1923. Il a vingt ans au moment de la deuxième Guerre mondiale. Il répond alors à l'appel des autorités et s'engage dans l'honneur pour lutter contre l'idéologie raciste nazie. Il vit le débarquement en Provence, participe à la bataille de France : libération de la vallée du Rhône, de l'Alsace, pénétration en Allemagne. Sa bravoure fait de lui un capitaine. Mais les épreuves lui valent des ennuis de santé qui feront de lui un invalide et qui lui vaudront sa fin prématurée. Il s'installera après guerre à Belfort et y vivra jusqu'en 1970 avec sa famille. Il élèvera 11 enfants avant de résider à Champagney.
Homme de bien, de pondération et de tolérance, ses avis et conseils étaient écoutés dans son milieu religieux et les autres ; il était notamment l'ami de la famille du sénateur Dreyfus-Schmidt, amitié datant de son père. Il était exactement à l'opposé du fanatisme qui défraie la chronique dans son pays natal. Après une ultime hospitalisation, il est décédé à Belfort, jeudi 10 octobre et a été inhumé lundi au carré musulman du cimetière Bellevue. A son épouse, ses enfants, à ses neuf petits-enfants qui faisaient la fierté de ses derniers instants, « Le Pays » adresse ses sincères condoléances.
M. Ben Abdallah Adda a vécu longtemps à Belfort avec sa grande famille.
Question posée par Guillaume Vuilletet, président du groupe MRC
Monsieur le Président,
A plusieurs reprises nous vous avons interrogé sur la mise en place des communautés aéroportuaires telles qu’elles sont désormais prévues par la loi.
Vous avez souhaité confier à Jean-Pierre Blazy, Député-Maire de Gonesse, particulièrement investi sur ces questions, une mission d’étude sur la création de telles entités.
Des échanges qu’ont pu avoir, avec lui, nos collègues Rachid Adda et Daniel Guérin, eux aussi très investis dans la défense des riverains respectivement des aéroports de Roissy et d’Orly, il apparaît une forte convergence de vue sur l’opportunité et même l’urgence de mettre en place ces communautés aéroportuaires et de pouvoir en faire un lieu de dialogue et d’échange avec l’ensemble des acteurs concernés, compagnies, riverains, opérateurs, personnels,…
Les débats sur le PEB autour de Roissy auxquels Rachid Adda porte une attention particulière, la question des études épidémiologiques sur laquelle notre assemblée, sur proposition du Groupe MRC, s’est d’ailleurs engagée lors du dernier débat budgétaire, la préservation des droits des riverains ou encore la découverte récente par Daniel Guérin d’un projet d’implantation d’un centre de rétention sur l’emprise de l’aéroport à Villeneuve-le-Roi initié sans aucune concertation des riverains, sont autant d’exemples de sujets qui devraient être traités dans le cadre de ces structures de concertation dont il conviendra aussi de définir, avec l’Etat, les moyens et les sources de financement.
Monsieur le Président, nous aimerions, à la lumière de ces exemples et des travaux de Jean-Pierre Blazy, connaître les intentions de la Région dans ce domaine et disposer d’un échéancier pour la mise en place de ces entités.
La liberté d'expression est un principe fondamental. Elle ne doit pas connaître d'autres limites que celle de la loi, et la liberté de débat à propos des religions en est partie intégrante. Le MRC condamne donc avec force les menaces formulées à l'encontre de Robert REDEKER.
A ceux qui la défient de protéger l'un de ses citoyens et l'un de ses fonctionnaires, la République doit opposer la plus grande fermeté. Le MRC appelle à un réveil civique : les désaccords se manifestent par le débat et non par la violence.
Le MRC ne partage pas les thèses développées par Robert REDEKER, ni dans son appréciation de l'islam et de son rôle, ni dans son analyse des rapports entre l'Europe et le monde arabo-musulman. Nous n'en sommes que d'autant plus libres pour appeler à défendre énergiquement la liberté de pensée et d'expression dans la République.
C'est par le libre débat que les citoyens, quelles que soient leurs opinions, leurs confessions, leurs conceptions, bâtiront le vivre-ensemble. Le MRC y contribuera en défendant la laïcité, et le dialogue des civilisations.
AP | 04.10.06 | 10:57 PARIS
Le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) Jean-Pierre Chevènement a affirmé mercredi qu'il veut "peser" sur la campagne présidentielle et qu'il exclut "de moins en moins" de se présenter lui-même. "Je n'ai jamais exclu de l'être et je l'exclus de moins en moins", a répondu Jean-Pierre Chevènement, interrogé sur LCI à propos de l'éventualité d'une nouvelle candidature. En 2002, "1,524 million d'électeurs m'ont fait confiance. Je n'envisage pas de ne pas leur dire ce qui me paraît bon pour le redressement du pays, (...) pour une France et une Europe qui jouent leur carte dans la mondialisation, sans renoncer à l'infléchir au bénéfice des pays du Sud." "Je veux peser sur cette campagne, sur l'orientation future du pays", a affirmé Jean-Pierre Chevènement.
Pour lui, son parti "peut se poser la question de savoir s'il ne doit pas être présent" en 2007. "Pourquoi est-ce que Mme Voynet pourrait être présente au nom des Verts et pourquoi est-ce que le Mouvement républicain et citoyen ne serait pas présent?" Il a précisé avoir déjà réuni 300 parrainages d'élus en vue de son éventuelle candidature. "Il m'en faut encore 300 pour avoir la marge de sécurité", a-t-il précisé. "Je lance un appel aux maires et aux élus qui peuvent accorder un parrainage pour me donner la possibilité d'être présent pour peser sur cette campagne." "Je n'ai pas dit que je serais candidat à tout prix", a-t-il toutefois souligné. Interrogé sur le projet du Parti socialiste, qu'il a quitté en 1993, Jean-Pierre Chevènement a pointé des "ambiguïtés", notamment sur la politique étrangère ou européenne. Le projet est "très ambigu" et "mérite d'être précisé". AP
Un tribunal administratif autorise un Algérien menacé d'expulsion à rester en France
Vendredi, le tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté de reconduite à la frontière pris par le préfet de la Loire visant un Algérien de 31 ans atteint d'une maladie génétique rare, a-t-on appris de source judiciaire. [ce type de cas était prévu par la loi Chevènement que la loi Sarko annule de fait]
Amar Malek, qui souffre d'une dysplasie ectodermique depuis sa naissance, avait saisi mercredi en urgence le tribunal administratif de Lyon depuis le centre de rétention administrative de Lyon-Saint-Exupéry. Il vit à Saint-Etienne (Loire) et était sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière depuis le 8 septembre. Sa demande d'asile politique avait été rejetée par l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) le 22 juin 2006.
En Algérie, pays qu'il a fui en 2002, sa maladie est mal connue et il n'aurait pu être pris en charge comme il l'est actuellement à l'hôpital Necker à Paris, selon plusieurs médecins venus témoigner lors de l'audience.
Cette maladie se caractérise par une absence de régulation de la température de son corps et, en cas de chaleur, par une augmentation de cette température pouvant entraîner des complications qui peuvent être d'ordre neurologiques ou pulmonaires, voire le décès par hyperthermie maligne avec des crises convulsives.
Samedi 30 Septembre 2006
Quand le célébrant se lève de son trône, le claquoir résonne, et dans un envol de surplis de dentelle blanche, de soutanes et mantilles noires, l'assemblée se dresse à son tour et en cadence. A chaque génuflexion, les diacres et sous-diacres relèvent la chasuble dorée de l'officiant. Sous un camail rouge bordé d'hermine, les enfants de choeur, à genoux, sont mains jointes. L'harmonium ronronne de plaisir. Les chantres déclinent le répertoire grégorien. Et, dans les odeurs d'encens, les fidèles égrènent leur chapelet ou plongent le nez dans le vieux missel pour qui le temps liturgique s'est arrêté. A la communion, ils iront s'agenouiller pour recevoir dans la bouche l'hostie sacrée. Quand le prêtre monte en chaire pour le sermon défilent les images pieuses d'antan, les mots du lexique mité des "annonces de la semaine" : salut au Saint-Sacrement, office de première classe, vêpres, messe basse, prières pour les âmes du Purgatoire, etc.
Ce dimanche matin, dans l'église Saint-Eloi, adossée au mur de ceinture de la vieille ville de Bordeaux, la messe traditionnelle déploie son rite comme un ballet minutieusement réglé. "C'est la messe de mon enfance", s'écrie une paroissienne éblouie. Abandonnée par l'archevêché de Bordeaux, "squattée, saccagée, profanée" par des sans-papiers, cette église avait été cédée, en 2001, par Alain Juppé, alors maire, à un petit groupe de fidèles à l'ancienne. Pour le principe, Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a porté plainte et gagné son procès, mais a laissé l'église aux "traditionnels".
"Regardez mes mains, dit Philippe Laguérie, curé de Saint-Eloi. Elles ont porté 45 tonnes de chaux. Il a fallu refaire les joints, enduire les voûtes, les murs." La restauration de l'église n'est pas terminée, mais chaque dimanche elle fait le plein de ces nostalgiques d'un monde où l'Eglise était le centre, le latin la langue sacrée et l'ancien catéchisme le petit manuel d'une foi fondée sur l'obéissance et la morale, l'armure contre un monde perverti.
Tempête dans un bénitier ? Cette église de Bordeaux est devenue, le 8 septembre, grâce à une faveur de Benoît XVI, le siège du Bon Pasteur, un "Institut de droit pontifical" - n'ayant donc de comptes à rendre qu'à Rome - que l'écrasante majorité des prêtres et évêques de France considère déjà comme une pustule à leur flanc. Au mieux, comme l'ultime réserve des "derniers des Mohicans" de l'Eglise schismatique de Mgr Lefebvre ; au pire comme un ver intégriste dans le fruit de l'Eglise. Aujourd'hui tout miel avec le pape, promu supérieur de cet institut créé sur mesure, l'abbé Philippe Laguérie, 53 ans, guerrier de la tradition, soldat du Christ, affirmait en 2001 qu'il voulait être "l'aiguillon dans la chair dont l'Eglise de Vatican II (le dernier concile 1962-1965) voudrait se débarrasser à tout prix", celui qui porterait le fer contre la "messe moderne" oecuménique, protestantisée, d'inspiration maçonnique.
Dans sa sacristie, l'abbé Laguérie, cheveu court, air patelin, voûté comme un chanoine, sourit. "J'ai la baraka", confesse-t-il. Sans l'élection de Benoît XVI, il ne serait plus rien, ou marginalisé, coupé de ses fidèles, oublié des médias. Car la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre, en proie aux haines fratricides propres à toute secte, l'avait exclu, en 2003, pour indiscipline. La "baraka", parce que le nouveau pape est "son" pape. Pour lui et ses amis, l'Eglise avait cessé d'être à la mort de Pie XII, en 1958 : "L'Eglise, c'est comme une belle Porsche, mais la direction est cassée, le volant ne tourne plus, les freins ne marchent plus et les ailes sont cabossées." Avec Benoît XVI, elle est "à nouveau gouvernée". Enfin oubliées les "chimères" de Jean Paul II : "On doit au pape polonais d'avoir redonné du prestige à la papauté, qui, avec Paul VI, était tombée bien bas. Il était le fils le plus accompli et génial du concile Vatican II. Mais il a rêvé tout éveillé au culte de l'homme. Regardez l'oecuménisme : en quarante ans, il n'a ramené personne à l'unité catholique."
Benoît XVI est un pape "traditionaliste". Simple "gratte-papier" au concile, Joseph Ratzinger se dressa vite contre les "abus" de la nouvelle liturgie. Laguérie aussi s'est converti à Mgr Lefebvre quand, dans son église de Sceaux, en région parisienne, il a vu un podium à la place de l'autel et des guitaristes singer les gestes de la messe. Il est convaincu que le nouveau pape va "réformer la réforme" de la liturgie, revenir à la messe en latin, le prêtre dos aux fidèles. Son ralliement date du 22 décembre 2005 quand, pour le quarantième anniversaire de la clôture de Vatican II, Benoît XVI a expliqué que le concile ne devait pas être interprété comme une "rupture" avec la tradition de l'Eglise. Depuis, tous les "tradis", quelle que soit leur chapelle, sont aux anges. Et applaudissent au discours de Ratisbonne qui vient de mettre en colère le monde musulman. "Un discours vrai, puissant, s'enflamme Laguérie. Enfin Benoît XVI casse le miroir aux alouettes de Jean Paul II, sa volonté d'uniformiser toutes les religions."
De ces brebis perdues, revenues dans le bercail romain, on se serait attendu à plus de retenue. Pas du tout. Autre rallié, mais pas plus repenti, jovial et joufflu, l'abbé Paul Aulagnier, 63 ans, ancien supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, quand il monte en chaire à Saint-Eloi de Bordeaux, tonne contre "les libéraux, les modernistes qui ont détruit l'Eglise", s'étrangle d'émotion au souvenir de Mgr Lefebvre, dénonce la "subversion liturgique", la "situation catastrophique" de la papauté avant Benoît XVI et, déjà, fait monter l'enchère : non content de la main tendue par Rome, il réclame un statut propre pour les partisans de la tradition, un évêque à eux avec juridiction universelle, un département pour eux à la Curie romaine. Bref, une fois dans la place, ils veulent l'occuper jusqu'au bout.
Ils ne sont que cinq, mais d'autres, séminaristes et prêtres, frappent à la porte du Bon Pasteur. Ils s'appellent Philippe Laguérie, Paul Aulagnier, Guillaume de Tanouarn, Christophe Héry, Henri Forestier, tous de fortes têtes, combattants issus de cette branche "intransigeante" du catholicisme romain du XIXe siècle qui puise aux trois sources de l'anti-Réforme, de l'anti-Révolution et de l'anti-modernisme, héritage composite de la vieille Action française de Charles Maurras et des nouvelles formes de catholicisme prosélyte nord-américain, celui du cinéaste Mel Gibson, auteur en 2004 d'une Passion aux forts relents d'antisémitisme.
Laguérie fut longtemps curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'église intégriste de Paris où bat le coeur des dévots de la tradition et du latin, des clercs en soutane, des militants royalistes et lepénistes, des familles venues des beaux quartiers et des scouts au crâne rasé. Ce même bon apôtre avait occupé par la force une autre église parisienne, Saint-Germain l'Auxerrois, célébré les obsèques du milicien Touvier, pris la tête de processions musclées, volé au secours de Le Pen dans l'affaire de l'Holocauste-"point de détail", et s'était écrié, en chaire, après l'incendie du cinéma Saint-Michel qui avait programmé La Dernière Tentation du Christ, de Scorsese en 1988 : "Qui sème le vent récolte le tempête. Quand l'honneur de Dieu est en jeu, il faut réagir."
Aujourd'hui, il règle ses comptes : "J'ai servi la Fraternité mieux que personne. Mais le plus fidèle à Mgr Lefebvre, c'est moi. Je ne sais pas s'il aurait approuvé mon ralliement à Rome, mais il ne m'aurait pas mis dans les conditions de faire ce choix." Pour lui, Lefebvre était un "évêque de feu", un "bâtisseur". La Fraternité Saint-Pie X compte 450 prêtres, une quantité d'écoles, de prieurés dans une quarantaine de pays. Etonnant paradoxe : les curés ralliés au pape sont ceux qui avaient voté, en 1988, en faveur des sacres illégaux de quatre évêques par Mgr Lefebvre, suivis de leur excommunication par Jean Paul II.
Les autres avaient déjà "peur", clame Laguérie. Comme ils ont "peur" aujourd'hui d'un accord avec le Vatican. Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité, a "couru, volé" vers Benoît XVI quand celui-ci, à la surprise générale, l'a invité en août 2005. Puis il a fait volte-face, cédé à ses jusqu'au-boutistes. Laguérie l'accuse d'avoir préféré sa réélection, en juillet 2006, à la chance historique offerte par Benoît XVI, sa volonté de lever les excommunications, d'étendre la pratique du rite en latin.
Dans le bastion "refuznik", on reste de marbre. On dément toute hémorragie à la suite du "bricolage juridique" qui a servi à retourner ces soldats perdus de la tradition. La direction de la Fraternité interprète l'épisode actuel comme le "choc de deux impatiences" : celle de Laguérie, fort en coups et en gueule, et celle du Vatican, qui veut en finir avec ce schisme. Elle admet que Benoît XVI a réussi à "dé-diaboliser" le camp traditionaliste, mais il n'a fait aucune concession sur le fond : "Aujourd'hui, on est dégrisé parce que la modernité est en crise, dit un proche de Mgr Fellay. L'Eglise a fait le choix de la modernité et est aussi en crise. Et nous nous battons pour qu'elle redevienne le centre, la référence. Et tant pis si cela prend du temps."
Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 29.09.06
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- Doctorat de Mécanique
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- Photographie
- Epistémologie
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