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Républicain de gauche | |
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Paris, le 17 janvier 2007
Monsieur le Directeur,
J’ai été très surpris en ouvrant Le Monde daté du 18 janvier de découvrir une « interview » que j’aurais donnée à deux de vos collaborateurs. Celle-ci ne correspond pas au texte que je leur ai transmis [1], mais à la version initiale qu’ils ont tirée de l’entretien oral que je leur ai accordé le lundi 15 janvier.
Ma pensée est d’ordinaire plus concise et la version de cet entretien comporte des inexactitudes gênantes pour un homme politique soucieux de sa propre cohérence. Je n’en donnerai que trois exemples :
C’est au nom de l’intérêt européen bien compris que je propose un compromis entre des positions visant à prendre en compte le poids démographique de chaque pays, positions que je juge normales, et la proposition française d’un « gouvernement économique » de la zone euro. Bref, je souhaite que l’Allemagne privilégie sa vocation européenne plutôt qu’une visée économique « mondiale » dont elle aura de moins en moins les moyens, du fait de la montée de la Chine.
De même, la recherche de convergences sociales et fiscales concerne essentiellement, à mon sens, l’Europe à vingt-sept beaucoup plus que la zone euro à treize.
Enfin, si j’accepte sans arrière-pensée le vote à la majorité qualifiée, c’est essentiellement au niveau du « gouvernement économique » de la zone euro pour l’exercice de compétences ciblées et démocratiquement contrôlées. En tout état de cause je persiste à penser qu’aucun pays ne peut sacrifier un intérêt vital.
Les relations que j’entretiens avec Le Monde n’ont pas toujours été bonnes. Nous nous en étions entretenus le 13 février 1999 à l’époque où j’exerçais les fonctions de ministre de l’Intérieur. Je croyais sans doute naïvement qu’il y avait prescription.
Si je ne mets nullement en cause la bonne foi des deux journalistes, je ne peux m’empêcher de penser, au vu de cette erreur « technique » concernant le texte et du portrait ensommeillé qui l’accompagne (à coup sûr le moins flatteur des vingt clichés pris par votre photographe) que la malveillance du Monde à mon endroit n’est pas éteinte.
Je vous serais obligé de bien vouloir publier cette lettre moins au titre du droit de réponse qu’à celui que tout homme public a de voir correctement traduite sa pensée.
Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, en l’assurance de ma considération distinguée.
Jean-Pierre Chevènement
[1] Je joins la copie du texte que M. Leparmentier a reçu mardi 16 janvier vers 19h30.
par Rachid ADDA
publié dans :
Jean-Pierre Chevènement
Interview de Jean-Pierre Chevènement pour Le Monde
Comment justifiez-vous votre ralliement à Ségolène Royal, partisane de la Constitution européenne, alors que vous en étiez un de ses plus farouches détracteurs ?
JPC : Vous oubliez un événement très important : le peuple français a rejeté le projet de Constitution européenne, le 29 mai 2005 et Ségolène Royal entend respecter le verdict populaire en dépassant, en dynamique, le clivage du oui et du non. L’accord politique passé entre le MRC et le PS est à cet égard pleinement satisfaisant. Il affirme la priorité d’un redressement économique et social de la construction européenne et il écarte l’idée d’une nouvelle Constitution. Ségolène Royal a dit clairement que la Constitution était caduque et qu’il fallait « faire l’Europe par la preuve ». Elle a souligné à Porto, devant les socialistes européens, la nécessité de réformer les statuts de la BCE pour y inscrire le soutien à la croissance et à l’emploi.
Mais comment voyez-vous l’Europe repartir sous présidence allemande ?
JPC : Je souhaiterais qu’Angela Merkel ne se borne pas à prendre des contacts confidentiels mais qu’elle mette directement les peuples dans la confidence. La chancelière allemande, qui a rappelé qu’elle appartenait à la même famille politique que Nicolas Sarkozy, voudrait que la politique monétaire échappe à la politique. Selon elle, il suffirait de flexibiliser le marché du travail, de contenir la pression salariale et d’allonger la durée du travail pour pouvoir faire face à la mondialisation. Cette position ne tient pas compte de la position exprimée par le peuple français. On peut renégocier le texte des traités européens. Chaque gouvernement doit définir publiquement sa position. Mme Merkel a fixé ses deux principaux objectifs : la modification des règles de vote au Conseil et la taille de la Commission, bref la prise en compte de la démographie qui bien sûr avantage l’Allemagne. C’est normal. La France, quant à elle, souhaite une réorientation économique et sociale de la construction européenne, un gouvernement économique de la zone euro, la réforme des statuts de la Banque centrale, la lutte contre l’euro cher.
Pour vous le problème n’est pas le niveau des taux d’intérêts fixés par M. Trichet mais la politique de change ?
JPC : Ces problèmes sont liés. Depuis 2000 le dollar a été dévalué de 60 % par rapport à l’euro, ce qui pénalise les exportations, décourage les investissements, favorise les délocalisations et fait de la zone euro la lanterne rouge de la croissance mondiale. L’Italie et l’Espagne partagent notre souhait d’une politique de change raisonnable. L’Allemagne aurait tort de se croire immunisée contre l’euro cher car elle a depuis la fin du XIXe siècle un quasi monopole sur les exportations de biens d’équipement. C’est une vision à courte vue, car très vite la Chine produira ces biens à meilleur marché. L’Allemagne devrait privilégier sa vocation européenne et tabler davantage sur le marché intérieur européen. Chaque pays a ses positions de négociation qui correspondent à ses intérêts. Mais il faut parvenir à un compromis, en prenant en compte un intérêt européen plus vaste. En tout état de cause l’entente franco-allemande est une obligation de résultat.
Quelles sont les réformes que vous préconisez ?
JPC : Malgré les cris d’orfraie de ceux qui n’ont pas accepté le 29 mai, la mécanique communautaire continue à fonctionner. Ce qui manque, c’est un interlocuteur politique fort par rapport à la BCE. L’Eurogroupe devrait avoir une compétence en matière de politique de change et budgétaire ainsi qu’en matière de convergence fiscale. Il faut inclure dans les objectifs de la BCE la croissance et l’emploi. Parallèlement les dépenses de recherche ne devraient pas être prises en compte dans le calcul des déficits autorisés par le pacte de stabilité. Il serait également souhaitable de rediscuter les règles de fonctionnement de la Commission – non seulement sa taille mais aussi ses rapports avec le Conseil, en confiant un pouvoir d’initiative à ce dernier. Enfin, dans l’Europe à vingt-sept on doit rechercher des convergences sociales et fiscales progressives.
Que proposez-vous concrètement ?
JPC : D’abord une relance au sein de la zone euro qui est le cœur économique de l’Europe. Pour la mise sur pied d’un gouvernement économique de la zone euro, je ne suis pas un ennemi de délégations de compétence, exercées en commun, à condition qu’elles soient ciblées et contrôlées démocratiquement. En France, le nouveau traité devra être soumis à référendum. Il serait enfin souhaitable d’assouplir les coopérations renforcées pour permettre aux pays qui le veulent de construire des projets à géométrie variable. La construction européenne doit se poursuivre avec le soutien des peuples.
Comment trouver votre place dans l’équipe de campagne, avec des gens aux conceptions aussi différentes comme Dominique Strauss-Kahn ?
JPC : Je ne partage pas avec Dominique Strauss-Kahn l’illusion qu’on puisse construire une nation européenne. L’Europe est faite de vingt-sept nations qui ne disparaîtront pas. Elles sont nécessaires à la démocratie. Il a été un bon ministre de l’Economie et des Finances en matière de réglage conjoncturel. Maintenant, en matière fiscale, c’est à Ségolène Royal de faire ses choix. Quant à moi, je lui fais confiance pour réaliser ce dépassement du oui et du non sur une base dynamique en prenant en compte les aspirations profondes de l’électorat populaire. C’est ainsi que nous assurerons la victoire
par Rachid ADDA
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